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2017 : Archéologie médiévale, n°46, La porte Bannier

Archéologie médiévale n° 46

La porte Bannier, entrée principale de la ville d'Orléans aux XIVe-XVe siècles

Vient de paraître dans Archéologie médiévale, n°46 : un article de Clément Alix, Diane Carron, Émilie Roux-Capron avec la collaboration de Laurent Josserand.

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Mots-clefs : Orléans, Moyen Âge, enceinte urbaine, porte, archéologie préventive, archéologie du bâti, archives, comptes, artillerie, guerre de Cent Ans
Résumé : La porte Bannier à Orléans est l’entrée principale de la ville du XVIe au XVe siècle. Elle protège un bourg très dynamique occupé par des artisans, des commerçants et de riches bourgeois. Sa découverte date de 1986 à l’occasion d’une fouille de sauvetage en préalable à la construction d’un parking souterrain. Des recherches archéologiques préventives, en 2013, ont permis de reprendre les analyses sur la porte pour mieux en restituer l’évolution et le fonctionnement pendant deux siècles. Les analyses du bâti encore conservé aujourd’hui, ainsi que la riche documentation d’archives fournie par les comptes de forteresse, permettent de restituer l’apparence et l’histoire de cet ouvrage essentiel de la ville médiévale d’Orléans. Les recherches sur cette porte s’intègrent par ailleurs parfaitement dans la connaissance des mécanismes de défense liés à la guerre de Cent Ans, et plus généralement sur la fortification médiévale, avec notamment des données importantes sur la construction d’un boulevard en terre au début du XVe siècle.

Keywords : Orléans, Middle Ages, urban enclosure, gate, preventive archaeology, building archaeology, archives, accounts, artillery, Hundred Years’ War
Abstract : The Bannier Gate, the Main Entrance to the City of Orléans in the 14th and 15th Centuries. The Bannier gate in Orléans is the main entrance to the town from the 14th to the 15th century AD. It protects a very dynamic part of the city where craftsmen, merchants and rich burghers are settled. It was discovered in 1986 during archaeological investigations conducted before the construction of an underground car park. Preventive archaeological investigations carried in 2013 produced a new analysis of the gate in order to understand better its evolution and its function during two centuries. The analysis of the construction still preserved today and the extensive archival documentation, provided by the fortress accounts, make possible to reconstruct the appearance and the history of this structure, which was an essential location in medieval Orléans. The research on the Bannier gate has very well integrated with the general knowledge about the defence system displayed by the city during the Hundred Year’s War, and more generally with the field of medieval fortifications, providing important information on the construction of dirt roads in the early 15th century.

Schlüsselwörter  : Orléans, Mittelalter, Stadtmauer, Stadttor, präventive Archäologie, Bauforschung, Archiv, Rechnungen, Artillerie, Hundertjähriger Krieg
Zusammenfassung : Die Porte Bannier, das Haupttor der Stadt Orléans im 14. und 15. Jh. Vom 14. bis zum 15. Jh. ist die Porte Bannier das Hauptor der Stadt Orléans. Es schützt eine aufstrebende, von Handwerkern, Händlern und reichen Bürgern bewohnte Stadterweiterung. Entdeckt wurde es 1986 bei einer Rettungsgrabung, die dem Bau eines unterirdischen Parkhauses vorausging. 2013 wurde die Untersuchung des Tores wieder aufgenommen, um seine zwei Jahrhunderte lange Entwicklung und seine Funktionsweise zu klären. Die Bauanalyse der noch heute erhaltenen Teile und der reiche Ertrag der Baurechnungen ermöglichen es, das Aussehen und die Geschichte dieses wichtigen Bauwerks des mittelalterlichen Orléans zu rekonstruieren. Die Forschungen zu diesem Tor fügen sich perfekt in unsere Kenntnis der vom hundertjährigen Krieg veranlassten Verteidigungsmaßnahmen, und überhaupt des mittelalterlichen Befestigungswesens ein  ; besonders wichtig sind die Befunde zum Bau eines Erdbollwerks zu Beginn des 15. Jhs.

Résumé long

Entre le XIIIe et le XVe siècle, la porte Bannier marquait l'accès principal à la ville d'Orléans depuis la route du nord. Elle s'ouvrait sur le bourg Dunois qui représentait alors un secteur d'activité très dynamique, s'étendant sur une douzaine d'hectares, occupé par des artisans, des commerçants et de riches bourgeois. Afin de protéger les biens, les activités et les personnes ce bourg, qui se trouvait jusque-là hors les murs, une fortification fut implantée dans le courant du XIIIe siècle, englobant une grande partie des immeubles du bourg. Elle a été adaptée au progrès de l'art militaire à plusieurs reprises dans le courant du XVe siècle, à mesure que les craintes d'attaques menées contre la ville grandissaient et a offert un point de résistance contre les troupes anglo-bourguignonnes lors du siège de la ville en 1428-1429. Absorbées par le tissu bâti de la reconstruction urbaine qui fit suite à la guerre de Cent Ans, cette porte monumentale et une grande partie de la fortification, ont été démantelées à mesure que la place du Martroi se développait.

Toutefois, à l’occasion d’une fouille de sauvetage menée en 1986 par la DRAC Centre et placée sous la responsabilité de Dominique Petit, préalablement à la construction d’un parking souterrain à l’emplacement de la place du Martroi, les soubassements de constructions liées à la fortification au niveau de la porte Bannier ont été découverts pour la première fois. Une partie de ces vestiges a dès lors été mise en valeur au titre des ressources patrimoniales de la ville. En 2013, la rénovation de la place du Martroi a donné accès au sous-sol des alentours de l’ancienne porte Bannier, où des observations archéologiques ponctuelles ont de nouveau pu porter sur cet édifice, par le Pôle d'archéologie de la ville d’Orléans sous la responsabilité d’Émilie Roux-Capron. Cette campagne de travaux a offert une documentation complémentaire sur un secteur urbain qui est maintenant analysable par les archéologues sur près de deux hectares.

Cet article propose une reprise de la lecture des vestiges de la fortification du bourg Dunois et de cette porte monumentale, en mobilisant des sources de diverses natures et de conservations variables. Diverses constructions en sous-sol, dont certaines ont été irrémédiablement détruites, sont tout de même accessibles en réinterrogeant les archives de fouilles des années 1980. Les élévations conservées ont été réétudiées à l’aune des récentes découvertes sur la fortification médiévale et les observations conduites lors de surveillances archéologiques, si elles ont peu approfondi les connaissances des vestiges en sous-sol, ont permis d’écarter certaines hypothèses. La lecture des vestiges archéologiques s’est elle-même enrichie d’une enquête conduite dans la vaste documentation d’archives médiévales réunie dans les séries comptables de la forteresse d’Orléans, presque intégralement conservées et complétée par d’autres textes, et notamment, par le récit des combats survenus en 1428-1429, donné par l’auteur du Journal du Siège.

En interrogeant et confrontant la multiplicité des sources, c’est donc une recherche pluridisciplinaire qui est proposée au lecteur, réunissant et prolongeant les hypothèses menées jusqu’alors assez indépendamment les unes des autres dans l’historiographie locale. Cet échange entre praticiens de diverses disciplines travaillant sur des matériaux de natures différentes a permis de lever certaines ambiguïtés sur les vestiges mis au jour en 1986, dont la démonstration est ici faite qu’il s’agissait de l’avant-corps du pont-levis et non de la porte elle-même.

Sur une période de deux siècles, ce sont chacun des éléments participant de la défense de cette porte d’entrée dans la ville qui sont rediscutés (courtine, porte, fossés, pont-levis, boulevards, barrières) par leur mise en place en fonction des contraintes topographiques, leur mode de construction, leur entretien, leur coût, leur éventuelle reconstruction ou adaptation, voire leur démolition. Un éclairage est plus particulièrement posé sur la construction des défenses avancées stratégiques que constituaient les boulevards, dont une première phase de construction en matériaux périssables date de 1418 et une seconde en maçonnerie dans les années 1440. Ces précisions chronologiques ici très poussées n’ont pas été possible sur chacun des éléments abordés, dont, pour les plus anciens surtout, la genèse est demeurée souvent approximative, reposant sur des conjectures plausibles plus que sur des datations absolues.

La défense du bourg Dunois ne faisant sens que replacée dans son contexte urbain, le quartier fait lui-même l’objet d’une caractérisation tant sur le plan urbanistique que social et ce sont là les documents notariaux et cadastraux qui ont été réinterrogés, comme les mentions toponymiques. Un effort particulier a été consacré au géoréférencement de plans géométriques et cadastraux, dont les plus anciens utiles pour éclairer les questionnements datent du XVIIIe siècle.

À partir de ces documents planimétriques, il a été entrepris de recourir à la restitution en 3D, ici assumée comme une méthode pour confronter l’archéologue à la faisabilité de ses conjectures quant à l’apparence et à l’évolution de cet ouvrage essentiel de la ville médiévale d’Orléans, qui fut l’un des points de défense d’un quartier prospère durant la guerre de Cent Ans. Grâce à cet exercice ce sont aussi les spécificités des cheminements et des accès à la porte qui sont abordés, notamment lorsque ceux-ci devaient empêchaient l’ennemi de s’approcher.

La présentation de ce cas d’étude local vient prendre place dans une plus vaste recherche sur les mécanismes de défense, et plus particulièrement les avancées techniques précipitées par la guerre de Cent Ans et, plus généralement, sur la fortification médiévale, renouvelée ces dernières années par l’apport de l’archéologie préventive à la connaissance non seulement de la ville d’Orléans mais de plusieurs villes françaises et européennes qui sont ici soumises à comparaison. Cette étude de cas vient aussi étayer les connaissances sur le financement des grands chantiers médiévaux, par le calcul des coûts globaux des matériaux mis en œuvre, notamment ici sur les ouvrages spécifiques que sont les boulevards.

L’argumentaire est accompagné d’une trentaine de documents iconographiques constitués de plans, de coupes stratigraphiques, de photographies et de restitutions en 3D qui viennent à l’appui de la discussion à propos de l’un des dossiers archéologiques orléanais récemment rouverts et présenté pour la première fois au lecteur d’Archéologie Médiévale.

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