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Recherche scientifique

2017 : Les maisons d'Orléans du XIe siècle au début du XVe siècle

Evolution de la construction des maisons dans l’ouest et le centre de l’Europe pendant la période 1150-1350

Les maisons d'Orléans du XIe siècle au début du XVe siècle. Étude des élévations et des caves

Vient de paraître un article de Clément Alix dans le cadre du colloque international de Cluny "Évolution de la construction des maisons dans l’ouest et le centre de l’Europe pendant la période 1150-1350".

Alix (C.), « Les maisons d’Orléans du XIIe siècle au début du XVe siècle. Étude des élévations et des caves », West- und mitteleuropäischer Hausbau im Wandel 1150-1350. Evolution de la construction des maisons dans l’ouest et le centre de l’Europe pendant la période 1150-1350, Jahrbuch für Hausforchung Band 56, Arbeitskreis für Hausforschung, Jonas Verlag, 2016, p. 156-193.

Résumé en français

Les maisons d’Orléans du XIe siècle au début du XVe siècle

Au sein de la vallée de la Loire, Orléans offre l’image d’une ville en grande partie reconstruite après la guerre de Cent ans, parsemée de ses maisons et hôtels de la Renaissance. Dans plusieurs quartiers du centre-ville, les opérations d’urbanisme successives et les destructions de la seconde Guerre mondiale ont aussi contribué à transformer le bâti. Une partie de l’habitat antérieur au siège de la ville de 1429 a pu être redécouverte grâce aux analyses de bâti menées depuis les années 2000 dans le cadre de travaux universitaires, qui sont croisées à la relecture des sources iconographiques et aux résultats des fouilles urbaines réalisées depuis la fin des années 1970. L’exposé s’attache tout d’abord à rappeler brièvement les éléments qui caractérisent certaines élévations de ces bâtiments médiévaux (modes de construction, structures et décors des ouvertures, charpentes, etc.). Les habitations les plus cossues peuvent être munies d’une façade sur rue à parement en pierre de taille, et présenter des salles couvertes de plafonds ornés ou de charpentes de comble à chevrons-formant-fermes.

Mais, ce sont les espaces situés en sous-sol qui constituent souvent les témoins les plus tangibles de cet habitat médiéval, lorsque les élévations en surface ont été reconstruites ou profondément remaniées à une époque ultérieure. Sous l’appellation générale de « caves », il convient en fait de distinguer plusieurs espaces : les « salles basses excavées », s’apparentant à des celliers, au-dessous desquelles se trouvent parfois une ou plusieurs « caves », réparties sur un ou deux niveaux. Une trentaine de caves aujourd’hui recensées sous les salles basses excavées sont d’anciennes petites carrières d’extraction de pierres locales, situées de 9 à 13 m sous le sol actuel de la rue. Ces dernières ont été consolidées entre le XIIIe et le début du XVe siècle pour servir de caves, améliorant ainsi la capacité de stockage des maisons. On distingue une grande cohérence dans les plans et la récurrence des procédés constructifs traduit un souci de rationalisation. Chaque ancienne galerie est divisée en plusieurs travées qui ouvrent latéralement sur de petites cavités rectangulaires, formant ainsi des niches couvertes de petits berceaux surbaissés et correspondant parfois aux entrées d’anciennes alvéoles d’extraction (fronts de taille). Dans ces espaces dépourvus de tout décor, les éléments architecturaux ont un rôle éminent de renfort en sous-œuvre, ce qui explique le caractère robuste des voûtes et des supports : très larges nervures se croisant à angles droits, formant des voûtes d’ogives surbaissées plaquées sous d’anciens ciels de carrières ; arcs doubleaux massifs reposant sur de larges piliers engagés venant chemiser les parois séparant les alvéoles latérales. Les arêtes des arcs et des piliers sont abattues par de larges chanfreins qui servent ici à faciliter le maniement et le déplacement des objets.

Les salles basses excavées, quant à elles, sont desservies par des escaliers droits accessibles grâce à une trappe ouverte derrière la porte d’entrée de la maison. Pour l’ensemble de la salle (murs, couvrements, supports, escaliers, ouvertures, placards muraux), le matériau utilisé est le calcaire de Beauce, sous la forme de moellons et de pierres de taille, extrait dans des carrières situées à proximité de la ville. Les murs sont bâtis en petit appareil irrégulier de moellons, liés au mortier de chaux et enduits. Parfois, l’appareil est beaucoup plus soigné avec des assises réglées dont les hauteurs sont comprises entre 9 et 18 cm. Un des principaux postes de dépense concerne le décor sculpté de certaines salles, localisé sur les chapiteaux ou sur quelques culots figurés. Il est alors réalisé en pierre du Nivernais, bien adaptée à la sculpture de couleur ocre-jaune, et correspond à un calcaire extrait à Apremont-sur-Allier (Cher). Du fait des difficultés de navigation sur la Loire, le coût du transport pour acheminer cette pierre jusqu’à Orléans devait considérablement influer sur le prix d’achat.

Ces salles basses excavées présentent plusieurs modes de couvrement (berceaux, voûtes d’arêtes, et quelques plafonds), mais les voûtes d’ogives forment le groupe le plus important (une trentaine de salles). Des supports intermédiaires sont parfois utilisés (colonnes) afin d’accroître le plan de la salle, tout en facilitant les possibilités de circulation. Les ogives, toujours chanfreinées, sont en général très peu ancrées dans la maçonnerie des voûtains. Les claveaux n’ont pas de rôle porteur majeur mais, placés à la rencontre des voûtains, ils servent plutôt de « couvre-joints ». Le tas-de-charge est parfois utilisé : les retombées des arcs sont montées en assises à lits horizontaux en surplomb l’une sur l’autre, procédé élaboré qui, même s’il nécessite des pierres de grands modules, peut également fournir un gain de temps et de travail en évitant la taille de claveaux. Malgré le caractère généralement soigné des salles basses, on constate plusieurs exemples de remploi de matériaux. Certaines salles s’appuient directement contre les parois d’anciens bâtiments antiques (mur d’enceinte notamment) ce qui permet de faire l’économie d’un mur. Comme les murs de ces salles servent de fondations à l’ensemble de la maison, une attention particulière est accordée à leur stabilité. La présence de diverses structures anciennes (fondations, fosses, remblais) rendant les sols meubles, les murs sont fréquemment munis d’arcs de fondations, qui localisent les charges en des points d’appuis précis. Ce procédé évite donc la construction de fondations continues profondes et permet une économie des matériaux non négligeable. Ces salles sont systématiquement équipées de placards muraux fermant par un vantail, et plus rarement de conduits de puits à eaux ou de latrines.

L’étude des « caves » apporte un nouveau regard sur l’évolution de la ville médiévale d’Orléans. Elle indique que la trame parcellaire actuelle était déjà en grande partie fixée vers le XIIIe siècle dans bien des quartiers. Elle permet également de restituer un paysage urbain irrégulier, où des maisons étroites sur parcellaire laniéré côtoient quelques grands logis barlongs en front ou en retrait de la voie publique. L’étude des caves et salles basses excavées nous renseignent également sur les habitants de ces maisons. Derrière le soin apporté à la salle (parements, décors sculptés, enduits parfois peints, etc.), il est donc possible de souligner le recours à des procédés constructifs avantageux et à une parfaite rationalisation de l’emploi des matériaux. Ainsi, les commanditaires ont bien souvent choisi de mettre l’accent sur des décors, dont la qualité fait échos à ceux parfois présents sur les façades ou dans les salles d’apparat de certaines maisons. Les usages de ces salles basses excavées ont donc pu être multiples : principalement entrepôts ou resserres (stockage de vin), mais peut-être aussi dans les maisons de marchands, lieux d’expositions, de transactions et de ventes réservés à certains clients privilégiés, en complément de la boutique située au rez-de-chaussée.

Summary

Houses in Orléans from the eleventh to early fifteenth centuries

What we currently know about their appearance, and some notes on basements Orléans is strategically located at a crossing of the Loire, and was important in Roman times. It has a significant collection of historic houses, some entirely solid-built and others with half-timbered facades and solid walls facing the neighbouring buildings. Some have their gables at right angles to the street, and others parallel to it.

The visible facades of the solid-built houses are made from more or less regular masonry-filled and plastered limestone from the Beauce region, and others from simple broken stone. All of the timber used is oak, either from local forests or floated down the Loire. Some of the solid-built houses have twin windows with trefoil-shaped lintels; fragments of this decoration are sometimes reused. The first muntin windows occur before the early fifteenth century, while the oldest half-timbered houses date from around 1450, and the majority were built between 1480 and 1530. These are richly decorated in Renaissance style, with many different arrangements of small St Andrew’s crosses covering the entire facade.

The sunken hall-like rooms deserve particular attention. These are contemporary with the buildings above, and often misinterpreted as basements. But the basements themselves are located underneath these, date from the twelfth century, and have barrel, ribbed or cross-ribbed vaults. The twin-nave versions may have sculpted capitals. Both types of underground structures are found throughout the old town, rather than being limited, for example, to artisans or merchants. They were owned both by laypeople and religious institutions, and were probably used not only to store goods, but to do business with customers. This view is supported by the fact that they were often large and imposing structures. The lower levels were used as cellars to store wine and other items.

Some houses have hall-like rooms on the ground and/or first floor, with fireplaces and closets. The capitals of the central pillars are sometimes decorated with figures, and the consoles supporting the joists may also be elaborately ornamented. Thirteenth-century roofs consist of binders with a truss post, ridge purlin, hammer posts and braces.

Zusammenfassung

Das Wohnhaus in Orleans vom 11. bis zum Anfang des 15. Jahrhunderts. Der Forschungsstand zu seinem Erscheinungsbild und Anmerkungen zu den Kellern

Die günstig an einem Übergang der Loire gelegene Stadt mit einer wichtigen römischen Vergangenheit besitzt einen bedeutenden historischen Bestand an Massivbauten wie Häusern in gemischter Bauweise. Die Fassaden bestehen dann aus Fachwerk, während die anderen Seiten zu den Nachbarn als Massivmauern ausgeführt sind. Solche Bauten gibt es sowohl trauf- wie giebelständig orientiert.

Als Baumaterial dominiert bei den Sichtseiten der massiven Bauten ein mehr oder weniger regelmäßig vermauerter unverputzter Kalkstein der Beauce-Region. Ansonsten handelt es sich um einfachen Bruchstein. Als Bauholz ist ausschließlich Eiche verarbeitet worden, die in den einheimischen Wäldern geschlagen oder auf der Loire herangeflößt wurde. Einige Massivbauten weisen Zwillingsfenster auf, deren Stürze mit Dreipassformen verziert sind; Fragmente solchen Dekors finden sich manchmal als Zweitverwendung. Die ersten Kreuzstockfenster treten noch vor dem frühen 15. Jahrhundert auf. Die ältesten Fachwerkhäuser stammen aus den Jahren um 1450, das Gros wurde zwischen 1480 und 1530 errichtet. Sie zeigen dann bereits einen reichen Renaissance-Dekor mit vielfältigen Arrangements von Andreaskreuzen, die in kleinteiliger Anordnung die gesamte Hausfassade überziehen.

Besondere Aufmerksamkeit verdienen die in den Boden eingetieften saalartigen Räume, die mit den darüber stehenden Aufbauten zeitgleich sind und heute häufig als Keller (fehl)interpretiert werden. Unter diesen Räumen, die bis in das 12. Jahrhundert zurückgehen und die entweder Tonnen-, Kreuzgrat- oder Rippengewölbe aufweisen und deren Säulen bei den zweischiffigen Ausführungen skulptierte Kapitelle besitzen können, liegen die eigentlichen Keller. Beide Arten dieser unterirdischen Baubereiche beschränken sich nicht auf ein bestimmtes Stadtviertel, beispielsweise auf das der Handwerker oder Kaufleute, sondern finden sich in der gesamten Altstadt. Sowohl Laien als auch geistliche Institutionen waren die Hauseigentümer. Sie nutzten die in den Boden eingelassenen Räume wahrscheinlich nicht nur als Warenlager, sondern auch als Geschäftsräume, in denen sie ihre Partner empfingen. Die öfters anzutreffende repräsentative Gestaltung deutet jedenfalls auf eine solche Aufgabe hin. Die tieferen Gelasse dienten als die eigentlichen Keller dagegen ausschließlich als Lager, vor allem als Weinkeller.

Was die Organisation der oberen Ebenen betrifft, so stößt man in einigen Fällen bereits ab dem Parterre oder, bei zweigeschossigen Häusern, in der 1. Etage, auf saalartige Räume, die mit Kaminen und Wandschränken ausgestattet sind. Die Kapitelle der Mittelsäulen sind manchmal figürlich gestaltet. Ähnlich reich geschmückt sind einige Konsolen, welche die Unterzüge tragen. Hinzuweisen ist schließlich auf die Dachwerke des 13. Jahrhunderts – Binder mit Hängesäule und Firstpfette, Sparrenknechten und Kopfbändern.

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