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Le Pôle d'Archéologie

Les savants du XIXe siècle

Théâtre antique d'Orléans : relevé par Thuillier (voyer de la ville) des vestiges trouvés en 1821, à l’occasion des terrassements du boulevard de la Motte Sanguin (Collection Musée historique et archéologique de l'Orléanais / MH.3168.1)

Une ville en transformation à l'origine des découvertes

Au début du XIXe siècle, plusieurs travaux édilitaires de rénovation urbaine visant à métamorphoser la ville médiévale, entraîneront des découvertes majeures relatées dans les bulletins et mémoires des sociétés savantes.

Parmi ces travaux, la création des promenades à l’emplacement des anciennes fortifications démantelées, et les gigantesques travaux de terrassement qui suivront vont permettre la redécouverte du théâtre antique (boulevard de la Motte Sanguin en 1821), et plus tard, celle plus au nord de vestiges gallo-romains dont une vaste nécropole autour de Saint-Euverte (Boulevard Saint-Euverte en 1851-1854). La mise au jour du théâtre sera rapportée en 1822 dans les Annales de la Société Royale des Sciences Belles-Lettres et Arts d’Orléans par François Narcisse Pagot (architecte de la Ville), Thuillier (voyer de la Ville), Louis Lacave (ingénieur) et Petit (géomètre).

Scandales et polémiques

Dans le même temps, la frénésie d’ouvrir la ville dans une préoccupation hygiéniste par la régulation du tracé des rues et de vastes campagnes d’alignements, va générer plusieurs scandales archéologiques. Le cas de la démolition de l’Hôtel-Dieu en 1845-1846 visant à la mise en valeur des abords de la cathédrale vaudra de vifs échanges entre l’administration locale et la Commission des monuments historiques.

Le développement de l’archéologie au XIXe siècle doit également beaucoup à la polémique qui anima à l’époque le milieu « savant » : celle de la position de Genabum, oppidum des Carnutes mentionné par César dans son histoire des Gaules. Ainsi, selon les uns Genabum serait Gien-le-Vieux et selon les autres Orléans.

Pour tenter de résoudre cette question au centre de débats très animés, les premiers inventaires des vestiges archéologiques sont dressés, dont celui de Jean-Baptiste Proper Jollois un des précurseurs de la discipline en Orléanais. Il écrit ainsi en préambule de son ouvrage sur les antiquités du Loiret :

« Si le travail que nous offrons au public ne parvenait pas à le convaincre de l’opinion irrévocable que nous avons voulu établir au sujet de Genabum, il présentera au moins des notions exactes et précises sur les antiquités découvertes, à plusieurs époques, dans l’emplacement de la cité d’Aurélien, incontestablement la ville d’Orléans d’aujourd’hui. Ces antiquités n’ont pas été constatées par ceux à qui le hasard les a fait découvrir. Elles sont restées abandonnées, pour ainsi dire, et tout à fait inaperçues jusqu’à présent ».

La Société Archéologique de l’Orléanais

Créée en 1848 par l’Abbé Desnoyers, elle va s’attacher à décrire les vestiges archéologiques mis au jour incidemment ou encore visibles dans le paysage.

Ainsi, l’article 1 des statuts de la Société Archéologique précise sa mission première : « la recherche, l'étude, la description et la conservation des antiquités et documents historiques concernant spécialement les départements du Loiret, de Loir-et-Cher et d'Eure-et-Loir, qui, avant 1790, formaient à peu près la généralité d'Orléans ».

Elle donnera également naissance en 1855 au Musée historique installé un temps à l’hôtel des Créneaux puis dans l’hôtel Cabu à partir de 1862.

La période est riche de personnalités fortement impliquées qui ont marqué l’archéologie orléanaise notamment par leurs actions sur le terrain et leurs précieux comptes rendus souvent rédigés dans un style truculent inimitable, aujourd’hui la marque de ce XIXe siècle. On citera en premier lieu, l’abbé Desnoyers présenté par certains comme un collectionneur averti, qui pratiquera entre autres, les premières « prospections » en Loire au niveau du pont des tourelles. Il découvrira à cette occasion plusieurs centaines de monnaies de la période gauloise qui sont à l’origine de l’hypothèse du passage du pont gaulois à cet endroit. Germain Philippe Anatole Comte Du Faur de Pibrac homme de terrain infatigable, est l’inventeur des premiers « puits funéraires celtiques » qui feront école jusqu’au début du XXe siècle. Charles François Vergnaud-Romagnési présenté par quelques-uns comme « un amateur, curieux et collectionneur » et par d’autres comme « peu scrupuleux, très intrigant, avide de réclame, [...] cherchant continuellement à dérouter ses confrères en histoire et archéologie ». Léon Dumuÿs souvent désigné comme l’héritier de l’abbé Desnoyers, prendra un temps la direction des Musées d’Orléans et rapportera régulièrement dans les colonnes du bulletin de la société, les découvertes faites à l’occasion du suivi des travaux urbains (nécropole proche de la rue de la Cigogne, voies antiques du quartier Saint-Marceau, remparts gaulois et gallo-romain de la rue Ducerceau). Le docteur Charpignon, Henri Poullain, et d’autres auront un rôle déterminant dans la sauvegarde des traces de l’ancien quartier du Châtelet voué à la démolition avec la construction des Halles-Châtelet dans les années 1880.

Scandales et polémiques : Les deux Genabum, couverture de l'ouvrage publié en 1901 par F. Raud (Médiathèque d'Orléans) Musée archéologique : Vue intérieure de la salle des collections lapidaires, du rez de chaussée de l'hôtel Cabu, avant les bombardements de juin 1940 (Collection du musée historique et archéologique de l’Orléanais)  Musée archéologique : vue intérieure de la salle des collections lapidaires du rez de chaussée de l'hôtel Cabu, après les bombardements de juin 1940 (Collection du musée historique et archéologique de l’Orléanais, 2012-0-21)

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