Orléans Métropole

Pôle d'archéologie

Etude du bâti, 8 rue des Gobelets

Etude du bâti, 8 rue des Gobelets

Proposition de restitution de la maison " romane ", vue vers le sud-est (crédits : L. Josserand, Polytech'Orléans, 2016).

Une grande habitation "romane" en pierre

Le bâtiment le plus ancien, aujourd’hui détruit, se trouvait à l’angle formé avec l’impasse Sainte-Colombe. Il fut abattu en 1962 et remplacé par le parc de stationnement actuellement visible. Les vestiges de cet ancien bâtiment sont encore conservés sur les deux faces du mur sud de maison n° 8 rue des Gobelets (ancien mur mitoyen). Croisés à quelques documents d’archives (plans, photographies anciennes), ils permettent de restituer les grands traits de ce bâtiment : de plan rectangulaire (presque 20 m x 7 m), il longeait l’impasse Sainte-Colombe et son mur pignon ouest donnait sur la rue des Gobelets. Il était environné de deux cours, l’une à l’est et l’autre au nord. Ce bâtiment était en pierre calcaire : moellons pour les murs et pierres de taille pour les ouvertures, les corniches et les chaînes d’angle.

Distribution et circulations : une salle haute sur cellier

La maison « romane » se composait de deux parties inégales, séparées par un mur de refend et elle s’élevait sur deux niveaux superposés. À l’étage, se trouvait une salle haute, accessible au nord-ouest par la porte précédée d’un escalier droit extérieur donnant sur la cour. Elle surmontait un grand cellier partiellement excavé, probablement couvert d’un plafond, à l’exception de son extrémité orientale occupée par une petite salle basse à deux travées de voûtes d’arêtes.

Éléments de confort et de décor

Une cheminée à coffre saillant devait s’appuyer contre le mur gouttereau nord. La présence de couches d’enduits peints dans l’embrasure d’une porte atteste le caractère soigné de l’édifice. Le mur nord était couronné d’une corniche sculptée de motifs de dents-de-scie, ornement fréquent sur certains bâtiments religieux "romans" de la ville.

Vue de la salle basse excavée, à voûtes d'arêtes, dans la partie orientale de la maison " romane ", début des années 1960 (crédits : Archives départementales du Loiret).Vue d'un fragment de corniche sculptée d'une frise de dents-de-scie sur la façade nord de la maison " romane " (crédits : Pôle d'archéologie, 2015)

L'agrandissement de la résidence ecclésiastique au XIVe siècle

L'agrandissement de la résidence ecclésiastique au XIVe siècle

Proposition de restitution de la façade sur rue de la maison au XIVe siècle, vue vers le sud-est (crédits : L. Josserand, Polytech'Orléans, 2016)

Vers 1368 (datation dendrochronologique financée par la Conservation Régionale des Monuments Historiques), l’habitation initiale fut rehaussée et agrandie par l’adjonction d’une aile en retour le long de la rue, qui correspond à l’actuelle maison n° 8 rue des Gobelets. Cette nouvelle aile présentait un plan quadrangu­laire quasiment carré et s’élevait sur trois niveaux : un rez-de-chaussée et deux étages. Elle s’appuyait au sud contre le mur gouttereau nord du bâtiment XIIe siècle, tandis que ses trois autres murs furent bâtis en maçonnerie de moellons de calcaire de Beauce.

Une façade soignée construite au XIVe siècle

Seul son mur gouttereau ouest, correspondant à la façade donnant sur la rue, fut doté d’un parement exté­rieur soigné, en moyen appareil, sommé d’une corniche sur modillons. Cette façade, récemment restaurée, conserve plusieurs ouvertures du XIVe siècle : une fenêtre, initialement dotée d’un meneau, et un jour rectangulaire pour chacun des étages. Le rez-de-chaussée était presque aveugle : un petit jour barlong (à gauche de la façade) et probablement une porte d’entrée au centre du mur (à l’emplacement de la fenêtre actuelle). De l’autre côté, la façade sur la cour était également dotée d’une baie à meneau et d’un jour à chacun des étages.

Plafonds et charpente de l'habitation du XIVe siècle

À l’intérieur, le rez-de-chaussée conserve encore son plafond à poutres et solives du XIVe siècle. La salle haute du 2e étage se trouvait sous une charpente apparente, bien conservée, qui constitue un des premiers témoins de l’emploi de fermes à pannes dans l’architecture médiévale de la région Centre-Val-de-Loire. Elle se rapproche également d’un type de charpente, attesté dans l’ouest de la France, mais inconnu dans la région, permettant de restituer une salle haute sous charpente apparente à fonction d’apparat. Ces éléments informent sur le statut des commanditaires et des occupants. Cette vaste habitation, composée de deux ailes, abritait probablement encore un haut dignitaire religieux ; elle peut être comparée à certaines maisons canoniales d’Angers, de Provins ou de Tours.

Relevé pierre à pierre de la façade de l'aile ajoutée au XVIe siècle, réalisé suite à la pose des échafaudages durant le chantier de ravalement. Cette façade se caractérise par un parement en moyen appareil de calcaire de Beauce (crédits : Pôle d'archéoloVue de la charpente de comble de l'aile ajoutée au XIVe siècle. La ferme à pannes date de cette époque (crédits : Pôle d'archéologie, 2014)

La séparation en deux maisons distinctes, milieu XVIe siècle-milieu XVIIe siècle

La séparation en deux maisons distinctes, milieu XVIe siècle-milieu XVIIe siècle

Relevé de la façade sur cour, en pan de bois, de l'extension construite au début du XVIIe siècle (crédits : Pôle d'archéologie, 2015)

La séparation des maisons

C’est au milieu du XVIe siècle qu’a lieu la séparation entre l’ancien bâtiment «  roman » au sud et l’aile construite au XIVe siècle au nord. L’habitation sud fait alors l’objet d’une reconstruction de ses plafonds, de ses ouvertures et de sa charpente de comble. Au début du XVIIe siècle, la maison nord (actuel n° 8 rue des Gobelets) est profondément remaniée par la création d’une extension gagnée sur l’emprise de la cour. Sa façade en pan de bois à grille (éperons et tournisses) est bien conservée. Chaque étage possédait une fenêtre à meneau, dont les allèges étaient constituées de croix de Saint-André. La partie sud de la façade comportait un escalier en vis (aujourd’hui disparu) menant aux étages, et qui desservait le rez-de-chaussée par un couloir donnant sur la rue des Gobelets. Ce dernier était clos par une porte d’entrée, encore visible au sud de la façade.

Cette extension s’accompagne par la création d’un niveau supplémentaire. L’ancienne salle haute sous charpente est subdi­visée en hauteur par l’insertion d’un plafond, permettant de créer un niveau de comble. La salle basse du rez-de-chaussée, peut-être à fonc­tion de cuisine, possédait une ou deux cheminées sur son mur pignon nord. Un conduit circulaire, de puits ou de latrines, se trouvait dans l’angle nord-ouest de la cour. Cette maison fut également agrandie par l’édifica­tion d’un bâtiment secondaire en fond de parcelle.

L’absence d’organes d’échanges sur les façades des deux maisons suggère qu’elles conservèrent probablement leur statut d’habitations de religieux aux XVIe et XVIIe siècles. C’est en 1645 que la paroisse de l’église Sainte-Colombe fut supprimée et convertit en chapelle.

Les modifications de la maison nord depuis le XVIIIe siècle

L’escalier en vis de l’habitation nord (actuel n° 8 rue des Gobelets) est remplacé en 1756 par un escalier plus vaste, tournant et suspendu. Celui-ci est logé dans une tourelle demi-hors-œuvre, en saillie de la façade sur cour. Son installation provoqua également une re­prise, en sous-œuvre, de la moitié nord de la façade en pan de bois. Le hourdis est intégralement refait avec une ma­çonnerie de petits moellons et de quelques fragments de terre cuite architecturale recouverts d’un enduit.

La façade antérieure, rue des Gobelets, fait égale­ment l’objet de travaux. Une fe­nêtre est percée au centre du rez-de-chaus­sée, dans l’alignement des baies des étages, qui sont d’ailleurs agrandies. Le mur de cloison du couloir du rez-de-chaussée est remplacé par une cloison en pan de bois à grille.

Au cours du XVIIIe siècle et avant la Révolution, les deux maisons cessèrent d’accueillir des religieux. Néanmoins, elles sont de nouveau réunies au sein d’une même propriété suite à leurs acquisitions par les religieuses du couvent de Notre-Dame-du-Calvaire au cours du XIXe siècle.


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