Orléans Métropole

Pôle d'archéologie

Les dessous de la place du Martroi

Les dessous de la place du Martroi

Les fouilles archéologiques menées en 2012 et en 2013 lors des travaux de requalification de la place du Martroi ont permis de mieux connaître l’histoire de ce lieu qui remonte au moins au IIe siècle av. J.-C. Des fouilles avaient déjà été menées en 1986, lors de la construction du parking souterrain. L’ensemble de ces recherches a permis de comprendre que la place a toujours été un lieu de passage, depuis l’époque gauloise jusqu’à aujourd’hui.



Un quartier de la ville gauloise

Un quartier de la ville gauloise

Cellier de maison gauloise (crédits : D. Petit, DRAC Centre, 1986)

Les plus anciens témoins reconnus sous la place actuelle correspondent à des vestiges gaulois datés du IIe siècle avant J.-C. Il s’agit de traces de maisons construites en bois et en torchis. À  l’intérieur, les sols de terre battue sont refaits régulièrement ainsi que les foyers. De grandes fosses ont été retrouvées près de ces habitations. Elles pourraient avoir servi de cellier pour le stockage de denrées alimentaires ou pour le travail des textiles et de la vannerie. Les objets associés à ces vestiges sont essentiellement des fragments de poterie. Les vases découverts sont parfois peints et certains proviennent d’assez loin (Massif Central).

Cet habitat est assez dense et les occupations se superposent sur plus d’un siècle. Présents à seulement quelques centimètres sous les pavés de la place actuelle, ces vestiges témoignent de la constitution d’un quartier d’habitat occupé du début du IIe siècle à la fin du Ier siècle av. J.-C.

Un lieu de passage...

La présence de ces bâtiments d’habitation sur une longue période, avec de nombreuses réfections et rénovations, permet de s’interroger sur l’intérêt qu’un tel espace pouvait avoir aux yeux des habitants d’Orléans, ou plutôt de Cenabum, durant ces quelques décennies avant la conquête romaine. Des vestiges similaires ont été découverts place de Gaulle.

Ceci conduit à penser que ces deux quartiers, situés à l’emplacement des voies menant vers Blois et Chartres, ont concentré l’habitat au long de ces axes de communication desservant le cœur de la ville gauloise.

...et un faubourg de la ville

Après la Conquête, le quartier livre toujours des traces d’habitation (maisons, puits et caves). À partir du IVe siècle, ce secteur se retrouve en dehors de la ville suite à la construction d’une enceinte urbaine un peu plus à l'est. Il faut attendre le IXe siècle pour retrouver la trace d’une occupation humaine. C’est seulement à partir du XIIIe siècle, du fait de la présence de la voie vers Paris (plus tard appelée rue Bannier), que l’on assiste à une ré-urbanisation progressive de l’espace, avec la construction de maisons sur caves.

Foyer de maison gauloise constitué d'argile et de tessons de poteries brisées (crédits : D. Petit, DRAC Centre, 1986)

Aux portes de la ville médiévale

Aux portes de la ville médiévale

Vue de la découverte de la porte Bannier lors des fouilles en 1986-1987 (crédits : D. Petit, DRAC Centre, 1987)

La porte Bannier : porte principale de la ville médiévale

Sous les pavés actuels, les vestiges d’une des portes de la ville, la porte Bannier, sont encore conservés dans le parking souterrain. La première mention de cette porte apparaît dans les archives en 1221. Il ne s’agit probablement pas, à cette époque, d’un bâtiment tel qu’il est connu pour les XIVe et XVe siècles. Le nom provient d’un des titulaires de la garde chargé de la surveillance de la porte au cours du XIIIe siècle ; il s’appelait Bernerius.

L'agrandissement de l'enceinte urbaine

La présence de cette porte découle de l’agrandissement vers l’ouest de l'enceinte maçonnée de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge. La porte Bannier se situe à l’emplacement du franchissement de cette nouvelle enceinte par la voie venant de Paris. Plus au sud, un autre passage existe, la porte Renard.

Avant le XIVe siècle, il faut imaginer une enceinte faite de levées de terre et de fossés, peut-être renforcée par une ou plusieurs palissades. Ce n’est qu’à partir du XIVe siècle que l’on peut restituer une courtine maçonnée et des bâtiments monumentaux à l’emplacement des portes.

En savoir plus sur les enceintes urbaines d'Orléans


Origine de la porte maçonnée

Origine de la porte maçonnée

Restitution de la porte après l'ajout du pont-levis au XIVe siècle (crédits : L. Josserand, Polytech'Orléans, 2015

Premiers états de la porte Bannier

Si l’existence de la porte maçonnée est supposée au moins au XIVe siècle, sa date de construction reste inconnue pour le moment. Elle est probablement construite autour de 1300 si l’on se réfère aux découvertes archéologiques et à leur comparaison avec d’autres villes françaises.

À cette époque, la porte est constituée de deux tours encadrant un passage d’entrée. Elle est protégée, en avant, par plusieurs fossés franchissables par des ponts-dormant en bois.

Lorsque la porte maçonnée est mentionnée pour la première fois dans les comptes de la forteresse en 1391, c’est au sujet de l’entretien des toitures. À cette date, elle est munie depuis plusieurs décennies d’un pont-levis qui permet de franchir le fossé principal. Sa mise en place a nécessité l’adaptation de la porte, avec la construction d’un avant-corps pour abriter le mécanisme de fonctionnement (contrepoids, chaînes, ...). Une pile maçonnée est construite dans le fossé pour permettre de poser le pont-levis lors de son ouverture. Le pont-dormant est alors en bois.

Les comptes de forteresse

Tous les travaux de construction et d'entretien de la porte, et de l'enceinte médiévale en général, ont été consignés dans les comptes de forteresse.

Ce sont des livres de comptes sur lesquels sont enregistrés les dépenses pour l’entretien et le fonctionnement de l’enceinte. Ils permettent de connaître l’évolution de la fortification de 1391 à 1480, les corps de métiers ayant travaillé à son entretien, ainsi que les sommes allouées à ces travaux. Ces comptes sont conservés aux archives départementales du Loiret.

Quelques exemples de libellés :

En 1411
« […] a Guillaume Gouquer dit Yannes pour avoir fait oster deux chevaulx mors qui estoient aux fossez de la porte Bernier [...] et les faire tirer a chevaulx bien loing d’illec, pour ce que les portiers et les gens qui passoient par illec ne povaient durer de la puantise desdiz chevaulx. »

 

22 août 1467
« A Estienne le paveur pour avoir pavé et mis a point a la Porte Bannier ou se repouse le pont leuvys de ladicte porte le samedy XXIIeme jour d’aoust et pour avoir fourny de pierre et sablon III sols IIII deniers parisis. »

Ces comptes sont consultables aux Archives municipales d'Orléans ou aux Archives départementales du Loiret.



L'adaptation à l'artillerie (1410-1429)

L'adaptation à l'artillerie (1410-1429)

Restitution de la porte lors de la construction du boulevard en 1418 (crédits : L. Josserand, Polytech'Orléans, 2015)

Contexte historique : la guerre de Cent Ans

Le contexte historique de cette décennie est marqué par plusieurs épisodes majeurs de la Guerre de Cent Ans : la défaite d’Azincourt (1415), la prise de Paris par les Bourguignons (1418), ou la prise de Rouen par les Anglais (1419). Dans plusieurs villes du royaume, des travaux de renforcement des enceintes urbaines sont réalisés. Ces améliorations découlent aussi de l’évolution des conditions de la guerre. Il s’agit désormais de repenser l’ensemble des fortifications afin qu’elles puissent résister à un siège d’artillerie à feu.

La ville d’Orléans ne fait pas exception comme l’attestent à la fois les vestiges archéologiques et les archives. Elle accroît notamment son parc d’artillerie avec l’achat des premières bombardes en 1410, puis, entre 1410 et 1429, de plus de trente canons.

La construction du boulevard

Avec le développement de l’artillerie, les structures existantes de la porte Bannier deviennent vulnérables. On décide de renforcer les défenses de la porte et de l’adapter à l’utilisation des armes à feu. Des canonnières sont par exemple percées dans les murs des tours de la porte et des courtines, pour permettre l’utilisation des canons et des bombardes. Les travaux les plus importants restent cependant la construction d’un boulevard, entre 1418 et 1420, qui permet d’amortir les tirs ennemis qui viseraient la porte. Le boulevard consiste tout d’abord en la construction d’une armature de pieux et de chevrons, assemblés à l’aide de grandes chevilles de fer. Cette construction forme des caissons qui sont ensuite remplis avec de la terre provenant du creusement d’un grand fossé de plus de 7 mètres de profondeur qui entoure le boulevard. Le rempart ainsi formé est renforcé par des fagots de bois qui amortiront les tirs de boulets. Des canonnières sont installées dans ce rempart pour permettre l’utilisation des canons et autres armes à feu.

Le Siège de 1429

Au même moment que la construction du boulevard, le fossé qui longe l’enceinte est agrandi. Il mesure alors 21 mètres de large pour 7 m de profondeur, ses dimensions maximales. Ces équipements sont ceux qui permettent la défense de la ville lors du Siège d’Orléans, en 1429. Le Journal du Siège mentionne plusieurs combats à proximité de la porte en janvier et en mars de cette même année.

Restitution de la porte après la construction du boulevard en 1420 (crédits : L. Josserand, Polytech'Orléans, 2015)Plan des vestiges de l'enceinte médiévale d'Orléans au XVe siècle (crédits : Pôle d'archéologie, 2015)

Après le Siège d'Orléans

Après le Siège d'Orléans

Vue du fossé du boulevard (en noir) lors du terrassement du parking souterrain en 1987 (crédits : D. Petit, DRAC Centre, 1987)

Une enceinte très entretenue

Suite aux dégradations subies pendant le Siège et au fil des années suivantes, des travaux d’entretien sont réalisés (courtine, tours, ponts-levis, pont-dormant, curage des fossés…).

Le boulevard se détériore au fil des années ; les pieux de bois pourris sont retirés et l’ensemble est reconstruit en pierre en 1448. Des travaux d’entretien sont effectués jusque dans les années 1480, mais ne concernent plus que les éléments essentiels au franchissement (ponts et portes). Les fossés ne sont alors plus entretenus et sont progressivement remplis avec les déchets des habitants alentours. Les fouilles archéologiques ont permis la découverte de nombreux objets témoignant de la vie quotidienne et économique du quartier. On note notamment la présence de nombreux déchets liés aux métiers du travail du cuir : cordonnerie, sellerie et bourrellerie.

Pendant tout le XVe siècle, la proximité de la porte attire une population de marchands et d’artisans qui s’installent dans les maisons, tant à l’intérieur de la ville, qu’à l’extérieur de l’enceinte au long de la rue vers Paris, la rue Bannier. Le quartier protégé par les portes Bannier et Renard, dit le bourg Dunois, est un des plus riches de la ville à cette époque.

Restitution de la porte après la reconstruction du boulevard en 1448 (crédits : L. Josserand, Polytech'Orléans, 2015)Chaussures à la poulaine du XVe siècle découvertes place du Martroi à Orléans (créduits : Pôle d'archéologie, 2013)

Destruction de la porte Bannier

Destruction de la porte Bannier

Plan de la place du Martroi au début du XVIe siècle (crédits ; Pôle d'archéologie, 2013)

Démolition de l'enceinte

La densification de l’urbanisation à l’extérieur des portes, conduit à la décision de construire une nouvelle enceinte, plus au nord, pour protéger ces nouveaux quartiers. On assiste alors à l’abandon progressif de la fortification du XIVe-XVe siècle et à sa destruction à partir de 1486. Les fossés sont comblés par de grandes quantités de remblais. Le mur de courtine est absorbé dans les nouvelles constructions au sud de la place actuelle. La porte est intégralement démolie à l’exception de ses soubassements, que l’on peut encore voir aujourd’hui dans le parking souterrain. À la place du boulevard, un marché est établit, le Martroi au Blé.


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