Orléans Métropole

Pôle d'archéologie

Le parvis de l'église de la Chapelle-Saint-Mesmin

Le parvis de l'église de la Chapelle-Saint-Mesmin

Vue d'ensemble du sondage lors de la découverte des sarcophages au pied du portail de l'église actuelle de la Chapelle Saint-Mesmin. Le couvercle de sarcophage est sur la droite, tandis que la cuve est visible sur la gauche (crédits : Pôle d'archéologie,

Les travaux de restauration de l'église de la Chapelle-Saint-Mesmin ainsi que le réaménagement des accès au portail principal, ont permis la réalisation d'une fouille de sauvetage urgent. Associée à une étude du bâti de l'église, celle-ci a permis de mieux connaître ce qui a précédé l'église et comment elle a été transformée au cours du temps.

Lors de ces travaux, en septembre 2013, deux éléments de sarcophages supposés médiévaux ont été mis au jour. Cette découverte et le risque de rencontrer d’autres sépultures médiévales au-devant du portail, ont conduit le Service Régional d’Archéologie de la DRAC à prescrire une fouille de sauvetage urgent sur l’emprise des terrassements.

En outre, les travaux de restauration de l’église prévoyaient la construction d’un porche couvert protégeant le portail principal de l’église. L’intervention archéologique devant le portail a ainsi été complétée par une étude de bâti partielle de l’église, dans le but de compléter les données acquises lors de la fouille et de préciser la mise en œuvre et la datation de cet édifice supposé bâti au XIe siècle.

Cette intervention a été réalisée par une équipe de trois archéologues du Service Archéologique Municipal d’Orléans, d’octobre à novembre 2013.


Avant l'église

Avant l'église

Remplois de terres cuites architecturales antiques (tuiles et briques) dans la maçonnerie de l'église actuelle (crédits : Pôle d'archéologie, 2014)

Un site antique ou tardo-antique à proximité ?

Le socle géologique, ici composé d’un calcaire aquitanien, se situe à environ 1,40 m de profondeur sous le sol actuel. Il n’est recouvert par aucun niveau antique, mais la présence de nombreux fragments de tuiles de cette période remployés dans l’élévation de l’église actuelle incite à envisager la présence d’un édifice antique ou tardo-antique dans l’environnement proche.

Plusieurs inhumations antérieures à la construction de l'église

Les structures les plus anciennes mises au jour correspondent à six sépultures, dont les fosses percent le socle calcaire. Certaines d’entre elles, avec le squelette de l’individu situé plus bas que la cote de fond de terrassement du projet, n’ont pas été fouillées.

Un exemple de sépulture du haut Moyen Âge

La sépulture F.118 entaille le calcaire sur une profondeur d’environ 0,40 m. L’individu inhumé est de sexe féminin et son âge au décès est compris entre 20 et 49 ans. Cet individu a été enterré sur le dos, les bras étendus le long du corps. L’état bucco-dentaire se révèle plutôt mauvais, avec deux importantes caries, au moins une dent perdue avant décès et une dentition très usée. La tombe ne révèle aucun aménagement particulier et le mode d'ensevelissement du corps reste inconnu (cercueil ? simple linceul ?).

Plan d'ensemble des sépultures antérieures à l'église actuelle de La Chapelle-Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2013)Relevé de détail et photo zénithale de la sépulture F.118, parvis de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2013)

Un cimetière du haut Moyen Âge

Un cimetière du haut Moyen Âge

Environnement archéologique du haut Moyen Âge autour du parvis de l'église de la Chapelle-Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2016)

L’absence de mobilier et de caractéristiques spécifiques des inhumations ne permettent pas de dater cette phase. C’est pourquoi deux de ces sépultures ont fait l’objet d'une datation radiocarbone. L’analyse fournit une fourchette chronologique du décès des individus relativement large. Ainsi, la sépulture la plus ancienne est datée entre les années 415 et 560. La seconde, la sépulture 118 décrite précédemment, est plus récente et peut être rattachée à deux fourchettes chronologiques comprises entre 770 et 905 ou 920 et 965. Ces datations prouvent que cette phase de datation est antérieure à l’église actuelle.

Si l’existence d’un cimetière du haut Moyen Âge au niveau de l’église de La Chapelle-Saint-Mesmin était attestée d'après les découvertes anciennes, l’environnement de ce cimetière demeurait néanmoins inconnu. Si cette opération n’en apporte aucune preuve formelle, il est certain que ces sépultures sont disposées autour d’un lieu de culte, possiblement en rapport avec le tombeau de Saint Mesmin, inhumé durant la première moitié du Ve siècle dans la grotte dite du Dragon, située sous l’église. La présence d’un bâtiment antique ou plus vraisemblablement tardo-antique à l’emplacement de l’église actuelle, supposée à partir des nombreuses terres cuites architecturales conservées dans son élévation, renforce l’hypothèse d’un établissement cultuel établi à partir du VIe siècle autour de la tombe de Saint Mesmin.


La construction de l'église

La construction de l'église

Relevé archéologique de la façade occidentale de l'église de La Chapelle-Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2016)

Lors de cette opération de sauvetage urgent, plusieurs maçonneries ont été mises au jour, correspondant principalement aux fondations des murs de l’église actuelle. L’étude de bâti ainsi que la fouille ont permis de déterminer les modes de construction employés et, par comparaison, d’affiner la chronologie de l’ensemble.

Les fondations reposent directement sur le socle calcaire et viennent recouper les sépultures antérieures. Les murs sont constitués de petits moellons de calcaire disposés en assises régulières. On note la présence de briques utilisées en remploi, probablement datées de l’Antiquité tardive (ce qui attesterait la présence d’un édifice antique à proximité). Les encadrements des ouvertures sont pour leur part construits avec des pierres de taille, parfois du calcaire oolithique importé.

Le portail est certainement un des éléments les plus remarquables du pignon occidental de l’église. L’arc qui le recouvre est formé de claveaux losangés et de claveaux pentagonaux, offrant ainsi un motif de mosaïque au pourtour du portail. Ce type de mise en œuvre est caractéristique des constructions des Xe-XIe siècles, principalement dans le centre de la France.

L’étude de bâti de la façade a été complétée par des observations effectuées sur l’ensemble des élévations du bâtiment (nef, bas-côtés, chevet, clocher, charpente de comble). Malgré la complexité de lecture des maçonneries résultant du couvrement des murs extérieurs par l’enduit des travaux de 2013, ces observations ont permis de proposer quelques hypothèses de datations et des remarques sur les techniques de construction.

Un parti architectural marqué par la simplicité

L’édifice, long de 32 m pour 17 m de large hors-œuvre, possède un plan basilical dépourvu de transept. Il comporte une nef à bas-côté et chevet à trois chapelles orientées, de plans semi-circulaires et couvertes de voûtes en cul-de-four. L’abside est éclairée par trois fenêtres à arcs en plein-cintre, tandis que les absidioles ne possédaient originellement qu’une baie d’axe. Les bas-côtés étaient épaulés de contreforts et éclairés par d’étroites fenêtres couvertes d’un linteau échancré d’un arc en plein-cintre, comme en témoigne certains vestiges au sud. Il semble que le haut-vaisseau ait été initialement charpenté. L’étude de bâti de la façade occidental a renseigné certains éléments de la construction : fondations, traitements des joints des parements, diversité des matériaux employés (calcaire de Beauce, calcaire oolithique et calcaire d’Apremont, remplois de briques et de tuiles), trous de boulins* de l’échafaudage. Le portail d’entrée, avec ses claveaux engrenés, constitue l’élément de décor principal de la façade.

L’étude a également permis de souligner les différentes campagnes de remaniements ayant affecté l’édifice. Les charpentes actuellement visibles dans le comble de la nef et du chœur de l’église correspondent à une reconstruction datée très largement d’entre la fin du XVe siècle et la fin du XVIe siècle. Ces travaux s’accompagnent sûrement par la reconstruction du sommet du pignon de la façade occidentale de l’église.  Le clocher, pour sa part, a été construit au XVIIe siècle, puis restauré et rehaussé entre 1870 et 1873. Les nombreux travaux qui se sont succédés au cours du XIXe siècle ont également entraîné de profondes transformations sur les murs du vaisseau central (restauration des fenêtres hautes) et à l’intérieur de l’église (recouvrement d’enduit des murs et des piliers, voûtes en plâtre).

Datations des briques et tuiles

Dans le cadre de cette étude, une datation par thermoluminescence* a été menée dans le but d’affiner plusieurs hypothèses de datations : édification de l’église, vérification des origines antique et alto-médiévale des terre-cuites architecturales (briques et tuiles) remployées dans les parements.

Vue de l'élévation sud de l'église. Le collatéral est épaulé de contreforts et présente les vestiges d'une étroite fenêtre, actuellement murée. Au-dessus, les fenêtres hautes de la nef, avec arcs en plein-cintre en pierre et briques, ont été en partie res

Un porche devant le portail ?

Un porche devant le portail ?

Vue zénithale de la fondation du porche médiéval, antérieur au XIVe siècle, protégeant l'accès au portail de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin. On remarque qu'il recouvre plusieurs sépultures des premiers états d'inhumation et qu'il est percé par de no

La fouille au pied du portail a permis de mettre au jour un élément bâti inédit, correspondant sans doute au socle ou à la fondation d’un aménagement situé au-devant du portail. En effet, recouvrant les sépultures du premier état et percée par d’autres sépultures du XIVe siècle, une maçonnerie, fondée peu profondément, est associée à deux niveaux de sol.

Cet ensemble de solins de pierre et de sols aménagés situés au-devant du portail pourrait correspondre à un ancien porche présent dès l'origine et abandonné durant le XIVe siècle.

.Plan restitué du porche médiéval protégeant l'accès au portail de l'église, parvis de l'église de la Chapelle-Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2016)

Le cimetière médiéval et moderne

Le cimetière médiéval et moderne

Ensemble de pots céramiques de la fin du Moyen Âge issus du vaisselier domestique et réutilisés comme pots à encens, parvis de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2014)

Un enchevêtrement d'inhumations jusqu'à la fin de l'époque moderne

À la suite de l’abandon du porche, l’utilisation des abords de l’église et de l’espace devant le portail pour inhumer des défunts s’est poursuivie durant toute la période médiévale et jusqu’à la fin de l’époque moderne.

Entre la fin du Moyen Âge et le milieu de l’époque Moderne, les recoupements multiples entre sépultures et les classes d'âge des individus permettent de distinguer au moins trois phases de sépulture successives. Ce sont ainsi un minimum de 26 sépultures qui ont été identifiées sur un espace d’à peine 23 m². 

Au XVIIe siècle, une partie du pignon occidental de l'église est reconstruit et rehaussé, tandis qu’un nouveau clocher est construit. Ces travaux sont sans doute suivis d’une élévation de l’ensemble du parvis de l’église, perturbé par la multiplicité des sépultures creusées.

Les sépultures médiévales et leur mobilier

On note la présence aussi bien d’individus adultes que d’enfants. Il s'agit généralement de défunts préparés dans un linceul, déposés dans une simple fosse et recouverts par des déblais.

De petits pots en céramique, issus du vaisselier domestique et remployés comme pots à encens après percement de petits trous sur la panse du vase, sont parfois déposés à la tête de l'inhumé.

Plan d'ensemble des trois phases d'inhumations de la fin du Moyen Âge et du début de l'époque Moderne, parvis de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2016)Relevé de détail et photo zénithale de la sépulture F.112, parvis de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2013)

Le cimetière moderne

Le cimetière moderne

Vue zénithale des deux cuves de sarcophage en remploi, mises bout à bout, parvis de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2013)

Exemples de remplois de sarcophages du haut Moyen Âge

À la fin de l’époque moderne, lors des dernières vagues d’inhumation du cimetière paroissial avant son transfert à environ 300 m au nord-est, une sépulture est installée dans deux cuves de sarcophages mises bout à bout et agencées de manière à donner l’illusion d’une cuve unique. Ces deux sarcophages, creusés dans un calcaire provenant de la région du Nivernais, datent vraisemblablement d’une période comprise entre le VIe et le VIIIe siècle. Ils ont été retaillés et disposés de manière cohérente, suivant une démarche fréquente de remploi de matériaux anciens.

Cet aménagement particulier n’empêchera pas, par la suite, une première réutilisation d’une moitié du sarcophage pour l’inhumation d’un enfant, avant que ce dernier ne soit lui-même recoupé par la sépulture d’un autre immature, endommageant une des parois du sarcophage.

L'abandon et le transfert du cimetière, durant la première moitié du XIXe siècle

Enfin, il faut noter la présence d’un couvercle de sarcophage datant lui aussi du haut Moyen Âge, rejeté dans les remblais qui viendront recouvrir et sceller le cimetière paroissial au moment de son transfert, au début du XIXe siècle. Le parvis de l’église acquiert alors, à cette période, sa configuration actuelle.

Vue zénithale et relevé des trois sépultures installées dans les cuves de sarcophage en remplois, parvis de l'église de la Chapelle Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2013)Couvercle de sarcophage rejeté dans les remblais après abandon du cimetière, parvis de l'église de la Chapelle-Saint-Mesmin (crédits : Pôle d'archéologie, 2013)


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