Orléans Métropole

Pôle d'archéologie

D'hier à aujourd'hui

D'hier à aujourd'hui

Les espaces souterrains à Orléans ne sont aujourd’hui plus utilisés de manière aussi complète et systématique qu’au Moyen Âge et à l’époque moderne. En effet, l’extraction de la pierre et donc le creusement de nouvelles carrières a cessé au XIXe siècle. Le stockage de denrées alimentaires est aujourd’hui assuré par les réfrigérateurs et les congélateurs. La disposition des caves-carrières à plus de 10 m sous le sol est d’un accès peu pratique. Pourtant, dès le XIXe siècle, certaines cavités ont été utilisées pour du stockage à but industriel ou pour des cultures maraîchères ! Une autre utilisation de ces espaces intervient durant l'entre-deux-guerres avec la mise en place de la Défense Passive. Aujourd’hui ces lieux sont parfois investis pour des fonctions bien loin de celles prévues à leur construction.


Cultures maraîchères

Cultures maraîchères

Culture de barbe de capucin dans une carrière de Saint-Jean-de-Braye en 2015 (crédits : Pôle d'archéologie, 2015)

L’activité d’extraction par carrières souterraines cesse vers 1910 après s’être étendue loin du centre-ville dans les quartiers du Nécotin, de l’Argonne… et dans les communes avoisinantes. À cette même période, plusieurs carrières de la périphérie de la ville sont converties en champignonnières ou accueillent des cultures maraîchères. On peut par exemple citer la carrière du Champ-Bourgeois à Orléans, transformée en champignonnière en 1896 (AN, F14, 8320).

Les cultures maraîchères identifiées correspondent aux salades de cave. Il s’agit d’une variété spéciale, la barbe de capucin, une chicorée à larges feuilles ressemblant à une endive, dont elle est une variété proche. Les conditions idéales de culture sont l’obscurité, une température et une humidité constante. Cette activité était fréquente au XIXe et jusqu’au milieu du XXe siècle, et les salades se vendaient jusqu’à Paris, voire en Angleterre. Les sillons de cultures sont toujours bien visibles dans de nombreuses carrières des faubourgs d’Orléans. Aujourd’hui, quelques habitants continuent la culture de cette salade.

Procès verbal de visite de la carrière des Champs Bourgeois à Orléans en 1896 (AN F14-8223)

Chocolats, liqueurs et vinaigres

Chocolats, liqueurs et vinaigres

Bacs à moutarde, établissements Dessaux-Fils en 1950 (crédits : R. Malnoury, source : AMO, C1953-1959)

Certaines caves construites au Moyen Âge ou à l’époque moderne sont réaménagées pour être adaptées à une utilisation industrielle. C’est notamment le cas de l’immeuble du 108 rue de Bourgogne, ancienne usine Saintoin, chocolaterie, confiserie et distillerie, aménagée à cette adresse en 1861. Deux niveaux de caves sont utilisés à la fin du XIXe siècle et constituent des ateliers superposés où les marchandises sont acheminées par des monte-charges. Des rampes, des rails de wagonnets… sont encore visibles aujourd’hui. Les caves ont notamment servi pour le refroidissement du chocolat dans les moules. Les réaménagements du XIXe siècle sont bien visibles dans l’architecture, avec les plafonds à solives IPN et entrevous en berceau de brique.

Une autre industrie orléanaise fameuse a réutilisé des cavités anciennes, la vinaigrerie Dessaux fils. Rue de la Tour Neuve, d’anciennes caves du XIIIe siècle servaient au stockage des barriques de vin avant sa transformation en vinaigre. Rue Saint-Flou, les moutarderies ont réutilisé d’anciennes caves pour le stockage des produits en cours de fabrication. Rue Caban, une immense carrière de l’époque moderne qui s’étendait sur plus de 100 m de long a été réutilisée dans les années 1930 pour aménager des cuves de terre cuite vernissée et stocker du vinaigre dans de grandes barriques en bois. De nombreux Orléanais ont connu cette carrière puisqu’elle a servi d’abri anti-bombardement à l’orée de la deuxième guerre mondiale.

Musée de la Tonnelerie installé sous les établissements Dessaux-Fils (crédits : R. Malnoury, source : AMO, C1953-1959)Vues de la carrière de la rue Caban réutilisée par les établissements Dessaux-Fils à la fin des années 1980 (crédits : S. Vassal ; source : archives J. Debal)Escalier en vis autour d'un puits de descente pour le stockage d'une industrie indéterminée (fin 18e siècle), dans une cave-carrière de la rue du Faubourg-Bannier à Orléans (crédits : Pôle d'archéologie, 2018)

Des caves pour s'abriter

Des caves pour s'abriter

Fiche d'inventaire et croquis d'une carrière dans les dossiers de la Défense Passive (AMO H2561)

Du 12 octobre 1870...

« Des obus lancés du pont des Aubrais tombent dans plusieurs rues de la ville. L’un d’eux éclate sur le toit du bâtiment sud, dans une chambre de service du Proviseur, où il brise les meubles ; un autre dans la grande cour où étaient réunis les meubles des élèves qui n’avaient pas été repris dans la journée ; bientôt plusieurs font brèche dans le mur entre les fenêtres de l’appartement du Censeur et de l’infirmerie.

Aussitôt le Proviseur ordonne de descendre dans les vastes caves, sous la grande cour, par l’entrée voisine de la cuisine et d’y transporter les blessés de notre ambulance.

Les Sœurs les y font porter sur des matelas ». (TRANCHEAU 1893).

Ce récit décrit les évènements de la guerre de 1870 à Orléans, et plus particulièrement au collège Anatole Bailly, rue Jeanne d'Arc. Les caves utilisées pour abriter les élèves sont en effet très grandes et ont permis de les protéger lors de ce premier conflit moderne d'importance pour la région, mais aussi quelques décennies plus tard lors de la deuxième Guerre Mondiale.

... à la Défense Passive

De nombreux abris comme celui-ci sont recensés sur le territoire communal. Ils ont été aménagés de manière assez systématique dans le cadre de la Défense Passive entre les deux guerres mondiales. Celle-ci a joué un grand rôle dans la protection des civils. Elle a notamment contribué dans les années 1930, à prendre des mesures de protection en prévision des bombardements aériens par la mise en place d’un réseau de surveillance et d’alerte, l’aménagement d’abris souterrains et la sensibilisation de la population. Dans le cadre du programme de recherche SICAVOR, les nombreuses archives créées par la commission urbaine dans les années 1930, et conservées aux Archives municipales sont une mine d’information précieuses. Il s’agissait en outre, d’inventorier les caves et carrières, des abris potentiels, pouvant protéger la population en cas de bombardement (caves et/ou carrières). Ils faisaient l’objet de relevés côtés et d’observations quant au nombre de niveaux et de marches, à la présence des soupiraux et puits pouvant être transformés en sortie de secours. Certaines caves, aujourd’hui inaccessibles (détruites, absence d’autorisation du propriétaire, dangerosité) ne sont ainsi connues que par les documents de la Défense Passive.

Les traces de cette utilisation comme abri sont visibles dans de nombreuses carrières. Des latrines, des câbles électriques pour l’éclairage, l’aménagement d’échelles et d’escaliers pour les issues de secours, sont très souvent observées. Quelques plaques indiquant le numéro de l’abri sont parfois visibles. Ces abris ont été très efficaces puisque les bombardements de 1940 ne les ont pas détruits. Malgré les nombreuses victimes recensées à l’été 1940, une grande partie de la population a pu se protéger grâce à ces anciennes carrières.


Pour en savoir plus, le site des Archives Municipales d'Orléans a réalisé deux expositions virtuelles en ligne.

La défense passive : s'abriter à tout prix

La défense passive : prévenir et guérir

 

Marquage des classes pour le regroupement des élèves en cas d'alerte pendant la deuxième Guerre Mondiale au collège Anatole Bailly à Orléans (crédits : Pôle d'archéologie, 2015)

Détournement des lieux...

Détournement des lieux...

Studio d'enregistrement Polysonic au 108 rue de Bourgogne, dans les caves de l'ancienne chocolaterie Saintoin (crédits : Pôle d'archéologie, 2017)

Aujourd’hui, les espaces souterrains sont peu utilisés pour leurs usages d’origine. Néanmoins, de nombreuses caves sont toujours occupées par des débarras plus ou moins délaissés, tandis que les carrières sont globalement toutes abandonnées. Quelques exemples montrent des utilisations originales de ces lieux, plus ou moins officielles. Certains particuliers les utilisent ponctuellement pour des évènements familiaux ou culturels (Festival des caves par exemple). Certaines caves sont parfois réutilisées pour y installer une salle de bar ou de restaurant. Au 108 rue de Bourgogne, ce sont des studios de répétition et d’enregistrement de musique qui sont aujourd’hui installés dans une partie des caves de l’ancienne chocolaterie Saintoin.

La pression urbaine forte et des pratiques alternatives actuellement émergentes laissent penser que ces espaces souterrains auront peut-être à l’avenir une nouvelle vie et de nouvelles utilisations. En effet, pourquoi ne pas envisager un retour de la culture des champignons et des salades d’hiver dans le cadre d’un approvisionnement alimentaire local par exemple ? Réutiliser ces espaces permettrait en outre de les sauvegarder mais aussi de se protéger du risque d’effondrement par une surveillance accrue. Sauvegarder les souterrains d’Orléans ? Un enjeu essentiel pour l’avenir.

Ancienne salle de concert, le Cats, rue des Trois-Maries à Orléans (crédits : C. Alix, avant 2010)Aménagement de loisirs dans une cave médiévale, rue Saint-Euverte à Orléans (crédits : Pôle d'archéologie, 2010)Espace de démonstration commerciale, dans une cave du 18e siècle, rue des Carmes à Orléans (crédits : Pôle d'archéologie, 2017)

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