Dépliage manuel de tablettes de malédiction🤲​📜

Juin 2026

Dernière modification : 2 juillet 2026

Les travaux de post-fouille se poursuivent avec une nouvelle étape essentielle : le dépliage physique de plusieurs tablettes de malédiction.

Pour rappel, la fouille en 2024/2025 de la nécropole gallo-romaine de l'ancien hôpital Porte Madeleine a permis la découverte de 17 nouvelles tablettes de défixion. Elles s'ajoutent aux six exemplaires mis au jour lors de la première campagne de fouille, en 2022. Parmi celles-ci, deux tablettes complètes avaient déjà bénéficié d'un traitement de conservation-restauration, révélant les textes gravés qu'elles renfermaient. L'un d'eux est rédigé en langue gauloise, une découverte particulièrement remarquable.

Dans le cadre de l'étude de cette nouvelle série, les responsables de la fouille, Caroline Millereux et Julien Courtois, se sont rendus en décembre 2025 au Synchrotron SOLEIL, en région parisienne, afin de réaliser une microtomographie aux rayons X sur dix tablettes. Cette technique, comparable à un scanner tridimensionnel, permet d'observer l'intérieur des objets sans avoir à les ouvrir.


Un dépliage manuel sous haute surveillance

Toutes les tablettes ne nécessitaient toutefois pas le recours à la microtomographie. Certaines n'étaient pliées qu'en deux, voire déjà partiellement ouvertes. Leur format, plus important, les rendait par ailleurs peu compatibles avec cette technique, qui aurait nécessité un temps d'acquisition particulièrement long.

Charlotte Rérolle, conservatrice-restauratrice au sein de son atelier Ante Post Quem, chargée du traitement des objets issus de la fouille, a donc estimé que le dépliage manuel de trois tablettes pouvait être réalisé dans de bonnes conditions. Cette intervention suit un protocole très précis. Les tablettes sont d'abord chauffées de manière contrôlée afin d'assouplir le plomb et de faciliter leur ouverture. Elles sont ensuite nettoyées à l'aide d'un complexant chimique.

La découverte exceptionnelle d'un nombre aussi important de tablettes constitue une occasion unique d'améliorer les méthodes d'étude et de conservation de ces objets particulièrement fragiles. Leur dépliage demeure une opération extrêmement délicate : le moindre incident peut entraîner la perte de lettres, de mots, voire de passages entiers, compromettant ainsi la compréhension des textes inscrits.


RTI en cours par Antoine Cazin (SAVO, 2026)
RTI en cours par Antoine Cazin (SAVO, 2026)

Documenter les inscriptions à chaque étape

Une fois les tablettes dépliées et nettoyées, les inscriptions restent souvent difficiles à distinguer à l'œil nu. Pour les révéler, les chercheurs ont recours à la RTI (Reflectance Transformation Imaging), ou imagerie par transformation de la réflectance.

Cette méthode consiste à photographier un objet sous de multiples éclairages afin de faire apparaître les plus infimes reliefs de sa surface, notamment les inscriptions parfois invisibles à l'œil nu. Ces acquisitions sont réalisées sous la responsabilité d'Antoine Cazin, responsable de l'imagerie scientifique à La Fabrique de Patrimoines en Normandie (Caen).

En complément, Antoine Cazin a également réalisé la microphotogrammétrie des tablettes. Cette technique permet de produire des modèles tridimensionnels de très haute précision, facilitant l'observation et l'étude des moindres détails de leur surface.

Afin d'optimiser la documentation des textes et de déterminer le meilleur moment pour les enregistrer au cours du dépliage manuel, Charlotte Rérolle et Antoine Cazin ont travaillé sur un protocole expérimental. L'objectif est d'accéder aux inscriptions avec le minimum d'intervention sur les objets, conformément aux principes de conservation-restauration.

Trois relevés RTI ont ainsi été réalisés à différentes étapes du traitement :

  • un premier immédiatement après le dépliage, avant toute intervention de nettoyage ;

  • un deuxième après le nettoyage de la tablette ;

  • un troisième après la restauration, afin de disposer d'un enregistrement complet de l'objet et de ses inscriptions à chaque phase de son étude.

Microphotogrammétrie en cours d’une tablette après son ouverture (SAVO, 2026)
Microphotogrammétrie en cours d’une tablette après son ouverture (SAVO, 2026)

La comparaison des résultats obtenus à chaque étape permettra d'évaluer les pratiques les plus efficaces pour préserver et documenter ces témoignages exceptionnels de l'Antiquité.


Une étude qui se poursuit

Les prochains mois seront consacrés à un long travail de traitement des données acquises, de reconstitution des images, puis de transcription et d'étude des textes révélés. Cette nouvelle phase, qui mobilisera plusieurs spécialistes, permettra de poursuivre l'interprétation de ces documents exceptionnels et d'enrichir notre connaissance des pratiques sociales, des croyances et des usages de l'écriture dans le monde gallo-romain.

Elle pourrait conduire à la découverte de nouveaux textes en langue gauloise, apportant ainsi de précieuses informations pour l'étude et la compréhension de cette langue.

Pour en découvrir davantage sur les fouilles de l'ancien Hôpital Porte-Madeleine
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