Les tablettes de défixion de la nécropole antique de l’hôpital Porte Madeleine illuminées par les rayons de SOLEIL ☀📡📜

Décembre 2025

Dernière modification : 30 janvier 2026

Deux archéologues du service d’archéologie de la ville d’Orléans ont eu le privilège de se rendre au Synchrotron SOLEIL, en région parisienne, pour réaliser la microtomographie aux rayons X (scan en 3 dimensions) de l’intérieur des tablettes de défixion provenant de la seconde fouille réalisée sur le site de l’hôpital Porte Madeleine.

Pour rappel, cette fouille avait permis de découvrir 17 nouvelles tablettes de défixion au sein d’une nécropole gallo-romaine exceptionnelle. Six tablettes avaient déjà été découvertes au sein de cette nécropole lors de la première fouille réalisée en 2022, dont deux complètes qui ont déjà fait l’objet d’un traitement de conservation/restauration, ce qui a permis d’accéder aux textes qu’elles renfermaient (dont un texte en langue gauloise !).

L’intervention au synchrotron SOLEIL, du 2 au 8 décembre 2025, faisait suite à un dépôt de projet auprès des instances de SOLEIL en février 2025. À la suite de la validation de ce projet, l'équipe archéologique s'est vue accorder 15 temps de faisceaux sur la ligne PSICHÉ. Chaque temps de faisceaux correspond à un créneau de 8h, avec trois créneaux par jour, sachant que SOLEIL fonctionne 24h/24 et 7j/7. Ces 15 temps de faisceaux correspondaient donc à 5 jours complets d'intervention, jour et nuit !

Découvrez en vidéo les expériences menées au synchrotron SOLEIL !
Vue de l'intérieur du Synchrotron SOLEIL, avec la ligne de lumière PSICHÉ (© SAVO, 2025).
Vue de l'intérieur du Synchrotron SOLEIL, avec la ligne de lumière PSICHÉ (© SAVO, 2025).
Vue de détail de la ligne de lumière DESIRS : on voit toute la complexité et la précision nécessaire pour réaliser ces expériences ! (© V. Moncorgé – Synchrotron SOLEIL).
Vue de détail de la ligne de lumière DESIRS : on voit toute la complexité et la précision nécessaire pour réaliser ces expériences ! (© V. Moncorgé – Synchrotron SOLEIL).

Qu'est ce qu'un synchrotron et qu'est ce que la microtomographie aux rayons X ?

Un synchrotron est un accélérateur de particules, en l'occurrence ici des électrons. Ceux-ci sont émis par un canon à électrons dans un accélérateur linéaire puis injectés dans un accélérateur circulaire (booster) pour être accélérés à une vitesse proche de celle de la lumière. Ils sont ensuite injectés dans le grand anneau de stockage de plus de 350 m de circonférence où ils tourneront en continu. À chaque passage au niveau d'un aimant de courbure, ceux-ci vont légèrement infléchir la direction de l'électron pour le maintenir dans l'anneau de stockage. L'électron émet alors un rayonnement (un photon) qui n'est pas impacté par l'aimant et poursuit sa route selon une direction tangente à la courbe engendrée. Cette lumière synchrotron file en ligne droite dans une ligne de lumière, c'est à dire un ensemble de trois modules adjacents dédiés au traitement optique de la lumière provenant de l'anneau de stockage pour le premier, puis à la réalisation des expériences sur les échantillons à analyser dans le second, et enfin à l'accueil des chercheurs et techniciens qui pilotent la ligne et l'expérience depuis une station de travail.

Ainsi, au synchrotron SOLEIL, ce sont 29 lignes de lumière indépendantes qui sont opérationnelles et qui constituent autant de laboratoires distincts travaillant sur des longueurs d'ondes différentes, des infrarouges jusqu'aux rayons X durs. La ligne PSICHÉ, utilisée sur la tablette de défixion, permet ainsi de réaliser des microtomographies aux rayons X, c'est-à-dire une technique de scan 3D et d'imagerie comparable à un scanner médical.


Les deux premiers jours, l’équipe archéologique était accompagnée par Charlotte Rérolle (Atelier Antepostquem), conservatrice/restauratrice chargée du traitement et de la stabilisation de ces tablettes. L’examen attentif des tablettes qu’elle a réalisé avant passage en microtomographie a démontré que la plupart des tablettes ne pouvaient pas être ouvertes manuellement, au risque de détériorer irrémédiablement ces fragiles objets et de perdre toute trace du texte qu’ils contiennent. Ainsi, la technique de la microtomographie aux rayons X, utilisée sur la ligne PSICHÉ du Synchrotron SOLEIL, doit permettre de scanner l’intérieur de ces tablettes de plomb. Dans un second temps, des traitements informatiques permettront de « dérouler » virtuellement ces objets et de reconstituer tout le texte visible. Cela sera dans tous les cas complexe et prendra du temps car il n'existe pas de logiciel ni de procédures "clés en main" pour effectuer ce type de manipulation ; le scientifique de la ligne PSICHÉ, qui accompagne l'équipe archéologique sur ce projet, doit donc développer ses propres protocoles pour déplier virtuellement ces tablettes.

Lors de ces six jours, dix tablettes ont fait l’objet d’une tomographie complète. Pour les prochains mois, l’équipe archéologique se prépare à faire appel à divers spécialistes pour reconstituer, décrypter et traduire ces textes. D’ores et déjà, les premiers retours sont extrêmement positifs puisque toutes les tablettes scannées semblent inscrites, dont plusieurs en recto-verso !

Fichier issu de la tomographie d'une des tablettes provenant de la sépulture F9463 (© SAVO, Synchrotron SOLEIL, 2025).
Fichier issu de la tomographie d'une des tablettes provenant de la sépulture F9463 (© SAVO, Synchrotron SOLEIL, 2025).

La feuille de plomb constituant cette tablette a simplement été pliée en deux. La tomographie a ainsi permis de déterminer qu'elle était inscrite en recto-verso.

À gauche : profil de la tablette, vue "en tranche"

À droite : projection sur un plan défini par l'axe jaune visible à gauche. On peut remarquer que les caractères en cursive latine sont inversés ; cela est dû au fait que la feuille de plomb est ici vue "par l'arrière", les lettres apparaissent donc inversées, comme dans un miroir.

Fichier issu de la tomographie de la tablette provenant de la sépulture F9010 (© SAVO, Synchrotron SOLEIL, 2025).
Fichier issu de la tomographie de la tablette provenant de la sépulture F9010 (© SAVO, Synchrotron SOLEIL, 2025).

La feuille de plomb constituant cette tablette a ici été enroulée sur elle-même.

À droite : profil de la tablette, vue "en tranche"

À gauche : projection sur un plan défini par l'axe blanc visible à droite. Les caractères en cursive latine apparaissent clairement en partie haute. On reconnait notamment la fin de la lettre M, puis la lettre I, puis un N et enfin un E, correspondant la fin du mot domine / maître ou seigneur.


Générique de la session de microtomographie à rayons X réalisée en décembre 2025 sur les tablettes de défixion de la nécropole antique de l'Hôpital Porte Madeleine

Nom

Spécialité

Appartenance institutionnelle

Neal Brodnik

Scientifique post-doctorant ligne PSICHÉ

Synchrotron SOLEIL

Brenna Conin

Chargée de communication et médiation scientifique

Synchrotron SOLEIL

Julien Courtois

Responsable d'opération, fouille HPM 2022

Service d’archéologie de la ville d’Orléans

Christophe Fraudin

Prises de vue, reportages vidéo

Du nord au sud

Nicolas Guignot

Responsable ligne PSICHÉ

Synchrotron SOLEIL

Ali Güzel

Chargé de cours - ingénieur en physique

Middle East Technical University (Ankara, Turquie)

Laura Henry

Scientifique ligne PSICHÉ

Synchrotron SOLEIL

Andrew King

Scientifique ligne PSICHÉ

Synchrotron SOLEIL

Caroline Millereux

Responsable d'opération, fouille HPM 2023/2024

Service d’archéologie de la ville d’Orléans

Isabelle Quinkal

Service communication

Synchrotron SOLEIL

Charlotte Rérolle

Conservatrice restauratrice

Atelier Antepostquem

L'équipe archéologique tient à remercier le personnel du synchrotron SOLEIL, tout particulièrement Andrew King, qui nous a guidé tout au long de l'expérience et a répondu au mieux à nos attentes !

Pour en découvrir davantage sur les fouilles de l'ancien Hôpital Porte-Madeleine

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